Ce soir-là, je suis rentrée chez moi vidée, brisée par la fatigue. Tout ce dont j’avais envie, c’était de m’étendre et de sombrer dans le sommeil. Mon lit, refuge familier et sûr, m’attendait comme toujours — chaud, doux, rassurant.
Mais c’est justement là que se cachait le danger. Au début, tout semblait normal : les draps fraîchement lavés, le silence paisible de la chambre, l’air calme. Puis, à peine allongée, j’ai senti une étrange démangeaison sur ma jambe. J’ai d’abord cru à un moustique… ou à un simple duvet rebelle. Mais quand j’ai passé la main, j’ai senti quelque chose de visqueux, d’accroché à ma peau — quelque chose de vivant.

J’ai arraché la couverture d’un geste, et mon souffle s’est coupé net.
Une tique, énorme et gonflée, rampait sur le drap. Son corps noir et luisant palpitait faiblement, entouré d’une multitude de points blanchâtres : des nymphes. Elles grouillaient, minuscules et frénétiques, se répandant sur le tissu comme une marée. Mon lit… était devenu leur nid. Le cœur battant à m’en faire éclater la poitrine, j’ai bondi hors du lit. La lumière de mon téléphone a révélé une horreur plus grande encore : des dizaines de petits corps mouvants, accrochés aux fibres, rampant dans les coutures. Une infestation. Une invasion.
J’ai saisi le spray insecticide et pulvérisé frénétiquement, jusqu’à m’en étouffer. La tique-mère s’est recroquevillée, se tordant sous le poison, tandis que les plus jeunes fuyaient, se glissant dans les plis du matelas, sous le parquet, dans les ombres.

La pièce semblait vivante.
Et soudain, j’ai compris : j’avais dormi là-dedans, au cœur d’une colonie.
Puis, j’ai vu la tache sombre au centre du matelas. J’ai soulevé la couverture — et là, un trou. Une cavité grouillante. Le matelas n’était pas seulement contaminé : il était habité. Le choc m’a glacée. J’avais passé mes nuits dans un nid. Ces créatures pouvaient me piquer à tout instant, m’infecter — la borréliose, l’encéphalite… Leurs maladies me frôlaient chaque nuit, silencieuses, patientes.
Je n’ai pas fermé l’œil jusqu’à l’aube. J’ai arraché les draps, lessivé chaque fibre, traîné le matelas dehors. Mais la peur, elle, est restée. À chaque picotement sur ma peau, je sursautais. Était-ce réel ? Ou mon esprit qui refusait d’oublier ? Le lendemain, j’ai décidé de me débarrasser définitivement du matelas. En le soulevant, une vieille boîte est tombée de dessous. Couverte de poussière, oubliée depuis des années.

À l’intérieur : un cahier jauni.
Sur la couverture, une phrase, tracée d’une main tremblante :
« Ne le lis pas. »
Bien sûr… je l’ai lu.
Les pages étaient couvertes d’une écriture agitée, fébrile. Les phrases s’enchaînaient sans ordre, certaines inachevées.
La première disait : « Les choses vivent dans le mur. D’abord, je n’entendais que des bruits. Maintenant, elles bougent. Elles croient que je ne les vois pas. Mais je les vois. »
Les pages suivantes se remplissaient de symboles circulaires, de dessins étranges, et de mots répétés à l’infini :
« Ils nourrissent la mère. »
« Le sang est chaud. »
« Le nid ne t’abandonnera pas. »
Et la dernière page, presque effacée, murmurait encore :

« Si tu lis ceci, il n’est pas trop tard. Ne te recouche pas. »
Depuis ce jour, je n’entre plus dans cette chambre.
Le lendemain matin, le matelas avait disparu.
Je ne l’ai pas emporté.
Et personne d’autre non plus.