« Donne-moi ton téléphone, je veux voir avec qui tu écris tout le temps ! » — exigea ma belle-mère. J’ai tendu la main : « Bien sûr. Le vôtre d’abord — commençons par vos conversations. »

by newzuzustory
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— Donne-moi ton téléphone, je veux voir avec qui tu écris tout le temps ! — exigea ma belle-mère en tendant la main vers moi.

Je la regardai quelques secondes, puis je tendis moi aussi la main.

— Bien sûr. D’abord le vôtre. On commencera par vos conversations.

Carmen resta figée.

Mon mari, Javier, qui se tenait près du plan de travail en train de couper du pain, leva lentement les yeux.

— Pardon ? — demanda ma belle-mère.

— Vous m’avez très bien entendue. Vous voulez lire mes messages, alors je suppose que vous n’avez aucun problème à me montrer les vôtres.

Carmen retira sa main.

— Ne sois pas ridicule, Elena. Je suis ta belle-mère.

— Et moi, je suis votre belle-fille. Je ne savais pas que cela vous donnait accès à mon téléphone.

C’était dimanche, peu après treize heures.

Comme presque chaque semaine, Carmen était venue déjeuner chez nous. Sa fille Lucía et son mari Andrés étaient également présents.

J’avais préparé du poulet rôti, des pommes de terre au four et une grande salade. Nous étions encore dans la cuisine lorsque mon téléphone avait vibré sur la table.

J’avais lu le message et répondu rapidement.

Quelques minutes plus tard, une deuxième notification était arrivée.

Carmen avait aussitôt froncé les sourcils.

— Tu passes beaucoup de temps sur ce téléphone aujourd’hui.

Je n’avais même pas relevé la tête.

— Pas vraiment.

— C’est déjà la troisième fois que tu réponds à quelqu’un.

Cette fois, j’avais regardé Javier.

Il avait haussé les épaules, visiblement aussi surpris que moi.

— Maman, pourquoi tu comptes ses messages ?

— Je ne compte rien. J’observe, c’est tout.

J’aurais dû comprendre que la conversation n’allait pas s’arrêter là.

Dix minutes plus tard, nous nous étions installés à table.

Mon téléphone était posé près de mon verre, écran tourné vers le bas.

Carmen le regardait presque plus souvent que son assiette.

Lorsqu’il vibra de nouveau, elle soupira bruyamment.

— Encore.

Je pris le téléphone et lus le message.

C’était Marta, une collègue. Nous organisions une présentation pour le lundi matin et elle venait de m’envoyer la dernière version d’un document.

Je lui répondis simplement :

« Parfait. Je regarde ça ce soir. »

Puis je reposai le téléphone.

Carmen me fixait.

— Qui était-ce ?

— Une collègue.

— La même personne depuis tout à l’heure ?

— Oui.

— Et qu’est-ce qu’elle te veut un dimanche ?

Je posai ma fourchette.

— Nous travaillons ensemble.

— À treize heures un dimanche ?

Lucía intervint :

— Maman, certaines personnes travaillent même le week-end.

— Je sais très bien comment fonctionne le travail, répondit Carmen sèchement.

Puis elle se tourna vers Javier.

— Ça ne te dérange pas ?

Il cligna des yeux.

— Quoi ?

— Que ta femme passe le déjeuner à écrire à quelqu’un.

— Elle a répondu trois fois à des messages professionnels.

— C’est ce qu’elle dit.

Un silence tomba autour de la table.

Je relevai lentement la tête.

— Qu’est-ce que cela signifie ?

Carmen prit une gorgée d’eau.

— Rien.

— Non. Vous venez clairement de sous-entendre quelque chose.

— Elena, ne dramatise pas.

Je laissai échapper un petit rire.

— Vous insinuez que je mens sur la personne avec qui je parle, puis vous me demandez de ne pas dramatiser ?

Javier posa sa fourchette.

— Maman, arrête.

Mais Carmen n’avait aucune intention d’arrêter.

— Je dis simplement qu’un couple ne devrait pas avoir de secrets.

— Nous n’en avons pas.

— Alors montre ton téléphone.

Je crus d’abord avoir mal entendu.

— Quoi ?

Elle tendit la main.

— Donne-moi ton téléphone, je veux voir avec qui tu écris tout le temps !

Même Andrés, qui jusque-là avait soigneusement évité de participer à la discussion, leva les yeux de son assiette.

Je regardai la main tendue de Carmen.

Puis son visage.

Et soudain, au lieu de me mettre en colère, je souris.

Je tendis ma propre main vers elle.

— Bien sûr. D’abord le vôtre. On commencera par vos conversations.

Son expression changea immédiatement.

— Mon téléphone n’a rien à voir là-dedans.

— Pourquoi ?

— Parce que c’est privé.

— Exactement.

Lucía baissa la tête pour cacher un sourire.

Carmen le remarqua.

— Qu’est-ce qui te fait rire ?

— Rien, maman.

— Alors ne souris pas comme ça.

Je repris calmement :

— Vous venez de donner vous-même la meilleure réponse possible. Votre téléphone est privé. Le mien aussi.

— Ce n’est pas pareil.

— Expliquez-moi la différence.

Elle ouvrit la bouche, mais aucun mot ne sortit immédiatement.

Javier s’appuya contre le dossier de sa chaise.

— Maman, Elena a raison.

Carmen se tourna brusquement vers lui.

— Évidemment que tu vas la défendre.

— Je ne la défends pas. Je t’explique que tu n’as pas à fouiller dans son téléphone.

— Je ne veux pas fouiller !

Je regardai sa main, toujours posée au milieu de la table.

— Vous venez littéralement de me demander de vous le donner pour lire mes conversations.

Elle retira enfin sa main.

— Je voulais seulement m’assurer qu’il n’y avait rien de bizarre.

Cette phrase me fit perdre mon sourire.

— Vous assurer ?

— Oui.

— Et depuis quand êtes-vous chargée de surveiller notre mariage ?

— Je suis sa mère.

— Justement. Sa mère. Pas sa femme.

Le visage de Carmen se durcit.

— Fais attention à la façon dont tu me parles.

— Je vous parle exactement comme je parlerais à n’importe quelle personne qui exige de lire mes messages privés.

Javier soupira.

— Maman, pourquoi est-ce que tu fais ça ?

Elle se tourna vers lui.

— Parce que je m’inquiète pour toi.

— De quoi ?

— Je ne sais pas ! Elle est constamment sur son téléphone. Elle reçoit des messages. Elle sourit parfois en les lisant…

Je restai bouche bée.

— Je souris en lisant des messages, donc je suis suspecte ?

— Je n’ai pas dit ça.

— Vous le dites depuis vingt minutes.

Lucía posa doucement son verre.

— Maman, sérieusement… arrête.

Carmen la regarda avec irritation.

— Toi, ne t’en mêle pas.

Lucía eut un petit rire.

— C’est drôle venant de toi.

Cette fois, même Javier ne put retenir un sourire.

Carmen devint rouge.

— Très bien. Puisque tout le monde trouve ça tellement amusant…

Elle attrapa son sac posé sur la chaise voisine.

Je pensais qu’elle allait partir.

Mais au même moment, son téléphone glissa de son sac et tomba sur la table.

L’écran s’alluma.

Une notification apparut.

Je n’avais aucune intention de la lire.

Mais Carmen se précipita si vite pour retourner le téléphone que son geste attira l’attention de tout le monde.

Lucía fronça les sourcils.

— Pourquoi tu caches ton écran ?

— Je ne cache rien.

— Pourtant, tu viens de le retourner.

Je croisai les bras.

— Maintenant, je suis curieuse.

Carmen me lança un regard glacial.

— Cela ne te regarde pas.

— Bien sûr que non. C’est votre téléphone.

Je marquai une pause.

— Vous voyez ? Ce n’était pas si difficile.

Javier éclata de rire.

Carmen se leva.

— Je n’accepte pas qu’on se moque de moi.

— Personne ne se moque de vous, répondis-je. Mais vous ne pouvez pas exiger des autres une transparence que vous refusez vous-même.

Elle remit son téléphone dans son sac.

— Dans une famille normale, les gens n’ont rien à cacher.

Je la regardai.

— Alors déverrouillez le vôtre.

Silence.

Carmen resta debout près de la table.

— Pourquoi tiens-tu tellement à voir mon téléphone maintenant ?

— Je ne tiens absolument pas à le voir. C’est justement le principe.

Je pris mon propre téléphone et le posai devant moi.

— Je pourrais vous montrer tous mes messages. Vous y trouveriez Marta qui parle de notre présentation, ma sœur qui m’envoie une recette et Javier qui m’a écrit hier pour me demander d’acheter du café.

Javier hocha la tête.

— C’est vrai. On n’avait plus de café.

Je continuai :

— Mais je ne vous montrerai rien.

Carmen plissa les yeux.

— Pourquoi, si tu n’as rien à cacher ?

— Parce que la vie privée n’est pas une preuve de culpabilité.

Cette fois, personne ne parla.

Puis Javier se tourna vers sa mère.

— Et surtout, maman, ne lui redemande jamais son téléphone.

Carmen pâlit légèrement.

— Tu me donnes des ordres maintenant ?

— Je pose une limite dans ma propre maison.

Elle le fixa quelques secondes.

Puis elle prit son manteau.

— Très bien. Je vois que je suis devenue l’ennemie ici.

— Personne n’a dit ça, répondit Javier.

— Pas besoin de le dire.

Elle se dirigea vers l’entrée.

Lucía soupira et se leva à son tour.

— Maman, attends.

Mais avant de quitter la cuisine, Carmen se retourna vers moi.

— Un jour, Javier comprendra que j’essayais seulement de le protéger.

Je la regardai calmement.

— Peut-être. Mais aujourd’hui, il vient surtout de comprendre pourquoi vous ne devez pas avoir accès à mon téléphone.

Elle partit sans répondre.

La porte d’entrée claqua quelques secondes plus tard.

Un silence étrange resta dans la cuisine.

Andrés regarda son assiette.

— Bon… le poulet est vraiment excellent.

Lucía éclata de rire.

Javier aussi.

Je repris enfin ma fourchette.

Mon téléphone vibra une nouvelle fois.

Tout le monde se tut.

Je regardai l’écran.

Puis Javier demanda en souriant :

— Marta ?

— Non.

— Qui alors ?

Je tournai le téléphone vers lui.

C’était Carmen.

Elle venait de m’envoyer un message depuis le couloir de l’immeuble :

« Cette conversation reste entre nous. Inutile de raconter ça à qui que ce soit. »

Je regardai Javier.

Puis Lucía.

Puis Andrés.

Et je ne pus m’empêcher de rire.

— Apparemment, dit Javier, maman tient finalement beaucoup à la confidentialité de ses messages.

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