Lorsque Tiago a insisté pour que nous ne dormions plus dans la même chambre, j’ai ressenti une profonde blessure, mêlée d’un malaise difficile à expliquer. « J’ai le sommeil agité », avait-il dit avec une voix douce, mais cette excuse sonnait creux. Une intuition me murmurait qu’il ne disait pas toute la vérité.
Les premières nuits passées dans des chambres séparées furent solitaires, un vide pesant s’installant dans l’obscurité. Puis, un détail inattendu détourna mes pensées : des bruits étranges émanaient de sa chambre.
Au début, ce n’étaient que des sons légers — des cliquetis, des grattements. Mais progressivement, ces bruits devinrent plus intenses, plus fréquents. Mes doutes se multiplièrent. Que faisait-il là-bas, seul ? Me cachait-il quelque chose ? Ou bien cherchait-il un moyen de mettre un terme à notre relation ?

Un soir, incapable de supporter l’incertitude plus longtemps, j’ai pris mon courage à deux mains. Malgré ma peur, je me suis approchée de la porte de sa chambre, poussant mon fauteuil roulant à travers le silence pesant de l’appartement. Ma main tremblante a effleuré la poignée, mais celle-ci refusa de tourner : la porte était fermée à clé.
Cette découverte ne fit qu’amplifier mes soupçons. Pourquoi me bloquer l’accès ? Que tentait-il de me cacher ? Le lendemain matin, lors du petit-déjeuner, je n’ai pas pu contenir mes interrogations. Je l’ai confronté : « Tiago, pourquoi verrouilles-tu ta porte ? Qu’est-ce que tu fais là-dedans ? »
Il a soupiré, un mélange d’agacement et de fatigue peignant ses traits. « Je t’ai déjà expliqué, j’ai besoin d’intimité et de calme. Tu ne me fais pas confiance ? » Ces mots me frappèrent comme une lame invisible. Le fossé entre nous semblait se creuser, intangible mais irréversible. Cette nuit-là, les bruits prirent une tournure plus inquiétante.
Des craquements sourds, des grattements insistants, des bruits métalliques résonnaient à travers la cloison — comme si Tiago construisait quelque chose, une œuvre étrange et clandestine. Mon cœur battait à tout rompre lorsque je me dirigeai à nouveau vers sa porte, résolue à découvrir ce qu’il me cachait.