Je suis venue sur cette île en quête de paix, espérant guérir et repartir de zéro après le naufrage de mon passé.
Au lieu de cela, je l’ai trouvé.
Charmant, attentif, tout ce dont j’ignorais avoir besoin. Pendant un instant fugace, j’ai cru en un nouveau départ.
Puis une simple trahison a tout réduit en cendres.
Après cinquante-cinq ans de vie et des décennies passées sous le même toit, je me suis retrouvée là, debout dans le salon, face à une valise ouverte.
Cette pièce, autrefois mienne, m’était soudain étrangère.
J’ai saisi une tasse brisée sur laquelle était inscrit Forever & Always. Un murmure m’a échappé :
— Comment en est-on arrivé là ?
Sans attendre de réponse, je l’ai jetée.
Du bout des doigts, j’ai effleuré le canapé.
— Adieu les cafés du dimanche et les discussions sur les pizzas…

Les échos du passé flottaient encore, rires et disputes mêlés, indésirables et implacables.
À l’étage, le vide du lit m’a heurtée de plein fouet. Le côté inoccupé semblait me fixer, accusateur.
— Ne me regarde pas comme ça, ce n’est pas entièrement de ma faute.
Faire mes valises s’est transformé en une chasse aux vestiges, une quête de fragments d’une vie qui, peut-être, avait encore un sens.
Sur la table, mon ordinateur portable attendait, solitaire.
— Au moins, toi, tu es encore là, ai-je murmuré en le tapotant doucement.
À l’intérieur, mon roman. Inachevé, mais entièrement à moi. La preuve que je n’étais pas complètement perdue.
Puis l’e-mail de Lana est arrivé.
« Retraite créative. Île ensoleillée. Nouveau départ. Vin. »
— Évidemment, du vin, ai-je ricané. Lana a toujours eu ce don pour transformer les catastrophes en opportunités.
L’idée me paraissait insensée.
Et pourtant… pas tant que ça.
Au moment où j’allais partir, Lana est apparue, coiffée d’un chapeau de soleil malmené par le vent, une margarita à la main.
— Thea ! Tu as réussi !
Sans me laisser le temps de répondre, elle m’a entraînée dans le tumulte.
— J’espérais quelque chose de plus calme, ai-je grommelé.
— N’importe quoi ! Tu as besoin d’énergie, de gens ! D’ailleurs…
Avant que je puisse protester, elle m’a conduite vers un homme allongé au bord de la piscine. Il avait l’air tout droit sorti d’un magazine : peau hâlée, sourire décontracté, chemise en lin dont les boutons défaits laissaient juste assez deviner pour intriguer.
— Thea, voici Eric !
— Enchanté, a-t-il dit d’une voix aussi douce que la brise marine.
J’ai répondu poliment, même si la chaleur soudaine sur mes joues me trahissait.
Les jours suivants, Eric est devenu un repère inattendu.
Alors que la retraite n’était qu’agitation et conversations superficielles, il m’a révélé l’île sous un autre jour : des plages secrètes, des sentiers dissimulés le long des falaises, des coins oubliés par les touristes.
Nos discussions allaient de la littérature aux regrets enfouis, et malgré moi, j’ai commencé à parler.
Malgré moi, j’ai commencé à lui faire confiance.
Puis tout s’est effondré.
Ce matin-là, une énergie nouvelle m’habitait. Inspirée, impatiente d’écrire, j’ai allumé mon ordinateur portable.
Mon cœur s’est arrêté.
Le dossier contenant deux ans de mon roman—l’œuvre de ma vie—avait disparu.
Affolée, j’ai fouillé chaque fichier, chaque recoin du disque dur, refusant d’y croire.
Puis, des voix étouffées ont retenu mon attention. Elles provenaient de la salle de lecture.